Côte d’Ivoire: À Boromba, l’inauguration d’une mosquée et d’une école rassemble tout un village autour d’un même espoir


Dès les premières heures de la matinée, une effervescence inhabituelle animait Boromba, village situé à une vingtaine de kilomètres de Bondoukou. Les autorités, les gardiens de la culture bron ainsi que des chefs religieux chrétiens et musulmans s’installèrent au son des tams-tams et danses traditionnelles. Au centre de toutes les attentions, la nouvelle grande mosquée dressait son minaret flambant neuf dans le ciel clair du Gontougo.

Le vendredi 20 février 2026 n’était pas un jour ordinaire : Boromba inaugurait officiellement son principal lieu de culte, un édifice longtemps attendu par les fidèles. La cérémonie a été présidée par le sous-préfet central Sonh Laurent, entouré d’autorités administratives, religieuses et coutumières venues partager ce moment historique.

Placée sous l’autorité spirituelle du COSIM (Conseil supérieur des imams, des mosquées et des affaires islamiques), la mosquée a reçu la bénédiction de l’imam principal de Boromba, Touré Souleymane, qui a rappelé que l’édifice devait être « un lieu de prière, mais aussi d’éducation et de paix pour toute la communauté ». Dans son allocution officielle, le sous-préfet a salué une réalisation importante pour la cohésion sociale, soulignant que la religion reste un pilier de stabilité dans la société ivoirienne. À ses côtés, plusieurs personnalités assistaient à l’événement : le chef du village de Motiamo, Tehua Kouakou Bio, les chefs de Boromba Da Dadio II, Da Sie Théodore et Kobenan Sie, le commissaire divisionnaire-major Bouadou Blaise Angbonon, le directeur de la nouvelle école Ouattara Seydou, le Père Pascal Signo représentant la communauté catholique, ainsi qu’une délégation du grand imam de Bondoukou.

Mais au-delà des discours officiels, c’est l’histoire même du projet qui revenait dans toutes les conversations. Le commissaire Touré Abdourazak, un cadre de Boromba, l’a rappelé dans son intervention : autrefois, les fidèles priaient dans une mosquée en banco devenue trop petite et fragilisée par le temps. Les cadres du village ont d’abord mobilisé des fonds, avant que des partenaires turcs ne décident d’apporter leur soutien décisif. La délégation, conduite par Adem Kirmizigul, a été longuement applaudie par la foule. Au nom du comité d’organisation, Bamba Souleymane a exprimé la reconnaissance des habitants envers les autorités et les bienfaiteurs, décrivant la mosquée comme un symbole de solidarité et de foi. Le président des cadres, Kouman Jonas, a quant à lui insisté sur la portée historique de cette double réalisation pour le village.

Mais c’est un autre moment, moins protocolaire et plus chargé d’émotion, qui a marqué les esprits. Touchés par le geste des donateurs, les habitants ont symboliquement fait d’eux des « fils du village ». Dans un élan de gratitude, ils leur ont offert un terrain d’environ 5 000 m². Après avoir remercié la population pour cet honneur, les partenaires turcs ont annoncé leur intention de financer la construction d’un collège de douze classes. Une décision accueillie par des applaudissements nourris. Elle devrait permettre aux enfants admis en sixième de poursuivre leurs études sur place.Dans la foule, les réactions traduisaient une joie simple et sincère. « Nous avons vu ce projet naître, grandir… aujourd’hui il est là. C’est comme si notre village entrait dans une nouvelle étape », soufflait un habitant, visiblement ému. Une autre voix confiait : « Maintenant, nos enfants auront un lieu digne… » Une mosquée… et une école pour écrire la suite de l’histoire


L’inauguration ne concernait pas seulement la mosquée. La cérémonie a aussi été marquée par la remise symbolique des clés d’une école primaire de six classes, équipée de latrines, d’un bureau de direction et d’un magasin, réalisée avec l’appui de la Fondation LONACI. Ce geste a donné une dimension encore plus forte à l’événement. Dans les interventions officielles, plusieurs responsables ont souligné que foi et éducation doivent avancer ensemble pour assurer le développement des villages ruraux. Sous un appatam, un groupe de jeunes discutait encore après la cérémonie. « La mosquée nous rassemble pour la prière, l’école prépare l’avenir. Les deux sont importants », disait l’un d’eux. Un ancien du village, assis un peu à l’écart, résumait l’état d’esprit général : « Aujourd’hui, Boromba n’a pas seulement inauguré un bâtiment. Nous avons inauguré une espérance. » Dans la foulée de la cérémonie, le commissaire Touré Abdourazak et la délégation turque ont également offert une rupture collective aux habitants, accompagnée de vivres destinés à soutenir les familles durant le mois de Ramadan. Un geste simple, mais qui a renforcé l’atmosphère fraternelle de la journée.

Dans la nuit, après que les invités soient partis, la mosquée restait là, imposante et silencieuse. Comme un repère nouveau dans le paysage… et peut-être aussi dans l’histoire du village. Pour les investisseurs turcs, désormais fils du village, cela n’est que le début…

Innocent Konan


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